Basic
Synopsis :
Huit militaires sont envoyés par leur sergent, l'autoritaire West, dans la jungle de Panama, pour un exercice. Un ouragan dévaste la région, et le sergent, ainsi que 6 de ses hommes, disparaissent. Seuls deux hommes sont secourus. Interrogés par le lieutenant Julia Osborne, ils refusent de raconter ce qui s'est passé, jusqu'à ce que l'un deux déclare ne vouloir parler qu'à Tom Hardy, ancien militaire et agent de la Drug Enforcment Administration.
Re-création
La carrière de John Mc Tiernan a été ponctuée par autant de succès (Die Hard 1 et 3, Predator) que d'échecs, souvent indépendants de sa volonté (Le 13ème guerrier, Rollerball). Réalisateur surdoué avec une caméra mais incapable (et tant mieux) de se plier aux diktats bêtement économiques des grands studios, il a su s'affirmer même dans ses œuvres les plus maltraitées. Qu'on se souvienne du douloureux 13ème guerrier, amputé de plus de 30 minutes par un producteur/auteur mégalo (Michael Crichton), et qui demeure pourtant l'un des gros morceaux de cinéma des années 90, ou du récent Rollerball, remake du film homonyme de Norman Jewison, où Mc T. décryptait avec une franchise et une brutalité rares la forme et le fond de la culture télévisuelle contemporaine, allant jusqu'à enlaidir sa mise en scène pour la conformer au discours tenu. Autant de gageures qui n'auront rencontré qu'un public réduit. Basic a donc tout de la parenthèse filmique, du repos du guerrier, voire de l'œuvre cynique, contrecoup des mésaventures hollywoodiennes du bonhomme.
Points de vue
En effet, beaucoup pourront voir dans ce projet une forme de renoncement, et même de vacuité. La structure du film, montrant certaines séquences à partir de plusieurs points de vue (technique issue du Rashomon de Kurosawa et ayant travaillé plusieurs grands réalisateurs contemporains - Tarantino avec Jackie Brown, De Palma avec Snake Eyes), et son accumulation de coups de théâtre à la limite du vaudeville, peuvent en effet faire grincer des dents, surtout lorsqu'on apprécie la rigueur filmique d'un Piège de cristal ou l'âpreté sauvage d'un Predator. Pourtant, Mc Tiernan n'est pas homme à ressasser les mêmes formules, et son propos ici n'est pas forcément de livrer une œuvre labellisée "entertainment intelligent". Avec Basic, le réalisateur ne cherche visiblement pas à conforter son spectateur dans une rassurante routine. Il semble vouloir, au contraire, le balader d'un bout à l'autre du film, lui montrer que rien n'est acquis, et que la seule façon d'arriver à bon port est de lui faire confiance, de suivre le tortueux chemin qu'il dessine devant nous. Est-ce pour Mc tiernan le moyen de réaffirmer sa confiance envers sa maîtrise du médium cinéma ? Il n'y a que lui qui puisse répondre, et nous nous contenterons donc d'acquiescer vigoureusement. Pour peu que l'on se laisse prendre au jeu, Basic devient un jeu de piste excitant, passionnant, où ce qui importe le plus n'est pas de connaître la vérité, mais de voir quel chemin le réalisateur empruntera pour y aboutir.
Livres d'histoire
Et ce chemin, comme toujours chez Mc Tiernan, passe par une réalisation virtuose, où la précision du cadre n'a d'égale que la sombre beauté d'une photographie contrastée, et où les éclats de violence barbare restent canalisés par une maîtrise parfaite de l'espace (les retours à la jungle "Mc Tiernienne" sont autant de cadeaux faits aux fans de Predator.). Voilà. Est-ce tout ? Basic n'est-il qu'une oeuvrette charnière pour et par un cinéaste ayant besoin de se réaffirmer ? On pourra évidemment déceler ici une analyse (une mise en pratique ?) de l'aspect manipulateur du 7ème art, qui demeure l'une des facettes les plus passionnantes du médium. Mais l'une des clés les plus intéressantes du film, c'est Mc Tiernan lui-même qui l'a livrée, lors d'entretiens promotionnels, où il déclarait que la forme du film était aussi une façon de parler d'un passé "mensonger" et de montrer comment le présent se construit sur des bases erronées. Et de prendre comme exemple les livres d'histoire où ne figure que ce qui "doit" figurer. Oui, Basic est bien un film sur la manipulation, mais il convient dès lors d'écrire ce mot avec un grand "M".